Veille RSE N° 41 – Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2026
✍️ Édito
Cette semaine condense, presque symboliquement, l’ensemble des tensions que traverse la fonction RSE en cette fin d’année 2026. Le salon Produrable a servi de caisse de résonance : baromètre Sidièse-EPSA sur l’avenir des métiers RSE, lancement de la norme ISO 53001 pour structurer le pilotage des ODD, premier Carbon Footprint Radar de Sami confirmant que la comptabilité carbone continue de progresser malgré le recul généralisé des obligations de reporting. Un paradoxe qui mérite d’être noté : les outils de mesure se consolident précisément au moment où le discours ESG s’essouffle. C’est souvent le signe que les entreprises les plus avancées ont cessé d’attendre la contrainte réglementaire pour avancer sur les fondamentaux.
Mais le fait marquant de la semaine est ailleurs : dans la convergence de plusieurs signaux sur l’intelligence artificielle. Le rapport de Green IT, présenté au moment même où le baromètre RSE plaçait « l’IA responsable » parmi les priorités montantes des directions durabilité, alerte sur une multiplication par six à sept de l’empreinte environnementale mondiale de l’IA entre 2025 et 2030. Dans le même temps, Novethic documente l’intégration croissante des dirigeants de la tech américaine au pouvoir fédéral, et la notion de « techno-féodalisme » gagne du terrain pour décrire la dépendance des utilisateurs, et des États, à des infrastructures numériques de plus en plus concentrées. Pour une direction RSE, l’enjeu n’est plus seulement d’adopter l’IA de façon responsable : c’est de résister à la tentation du solutionnisme technologique quand les faits pointent, au contraire, vers plus de sobriété.
Le risque climatique physique, fil rouge récurrent de cette veille depuis l’été, continue lui aussi de se matérialiser de façon très concrète : « confinement climatique » dans le Gard et l’Hérault, 80 millions d’euros de pertes de chiffre d’affaires pour la SNCF cet été, quinze réacteurs nucléaires simultanément à l’arrêt faute de capacité de refroidissement. Ces chiffres contrastent avec un budget 2027 de la Transition écologique qui ampute le fonds chaleur de l’Ademe de 300 millions d’euros. L’écart entre l’ampleur des impacts déjà constatés et le niveau des moyens engagés pour s’y adapter continue de se creuser — un décalage que les directions RSE, en première ligne pour documenter la matérialité de ces risques, ne peuvent plus se permettre d’ignorer dans leurs plans de continuité d’activité.
C’est précisément ce que nous défendons chez Ma-RSE : une RSE robuste ne se construit pas sur des annonces, des labels ou des promesses technologiques, mais sur l’anticipation méthodique des risques physiques, la mesure rigoureuse des impacts et des trajectoires de dépendance — qu’elles soient énergétiques, hydriques ou numériques. Cette semaine le confirme une fois encore : les entreprises qui tiennent sont celles qui ont choisi, depuis longtemps, les faits plutôt que les effets d’annonce.
🤖 Intelligence artificielle : la sobriété numérique devient un impératif stratégique
Trois jours à peine après Produrable, la convergence est frappante : alors même que les directions RSE classent l’IA responsable parmi leurs priorités montantes, les données sur son empreinte réelle s’accumulent, et la question du pouvoir qu’elle concentre se pose avec une acuité nouvelle.
🧮 Une empreinte appelée à exploser. Selon le rapport de Green IT présenté le 30 septembre, les impacts environnementaux mondiaux de l’IA pourraient être multipliés par six à sept entre 2025 et 2030 dans le contexte technique actuel — une pression principalement liée à la consommation électrique des centres de données, avec des effets en cascade sur le climat, les milieux aquatiques et les ressources. L’étude recommande une réduction des usages, l’écoconception et le développement d’une IA frugale, plutôt que la seule course à l’efficacité technique.
⚠️ Réduire les usages, pas seulement optimiser. Selon Novethic, qui reprend les mêmes travaux de Green IT, le déploiement exponentiel de l’IA exerce des pressions sur quatre grandes limites planétaires, à des niveaux jugés « insoutenables ». L’association met en garde contre l’illusion des solutions purement technologiques et appelle les entreprises comme le grand public à réduire directement leur consommation d’IA — un message qui tranche avec le discours dominant sur l’IA comme levier de performance RSE.
🏛️ Quand la tech s’installe au cœur du pouvoir. Novethic documente, dans une série en plusieurs volets, l’intégration croissante de dirigeants de la Silicon Valley au pouvoir fédéral américain, nourrie par les contrats publics, les aides et la dérégulation. Le concept de « techno-féodalisme », popularisé par l’économiste Cédric Durand, décrit une dépendance réciproque entre États et plateformes technologiques, avec un affaiblissement documenté des capacités publiques de recherche sur le climat et les inégalités. Pour les directions RSE, ces recompositions interrogent la gouvernance de la donnée et la crédibilité des engagements pris par des acteurs eux-mêmes en position de dépendance.
👉 https://www.novethic.fr/economie-et-social/transformation-de-leconomie/silicon-valley-quand-la-tech-veut-refaire-le-monde 👉 https://www.novethic.fr/economie-et-social/transformation-de-leconomie/les-milliardaires-de-la-tech-a-lassaut-de-la-maison-blanche-episode-3-3
📊 Les directions RSE, prises entre résilience et IA responsable. Le baromètre Sidièse, EPSA et Produrable, mené auprès de près de 200 professionnels, place la sécurisation des ressources stratégiques (61 %) et l’adaptation climatique (53 %) devant le reporting dans les priorités montantes, l’empreinte environnementale et sociale de l’IA venant élargir ce périmètre déjà chargé. Le signal est clair : la fonction RSE est appelée à se rapprocher des RH, des achats et de la finance pour porter ces sujets, plutôt qu’à les traiter isolément.
👉 Point de vigilance : L’écart entre le discours sur « l’IA responsable » affiché dans les baromètres et la trajectoire réelle de consommation (x6 à x7 d’ici 2030) devrait alerter toute direction RSE qui intègre l’IA à sa feuille de route sans en documenter précisément les impacts et sans fixer de limites d’usage internes.
🌡️ Risque climatique physique : l’adaptation entre urgence et sous-financement
Les chiffres s’accumulent cette semaine pour rappeler que le risque climatique physique n’est plus une hypothèse de travail mais une ligne du compte de résultat — et que les moyens consacrés à l’adaptation ne suivent pas le même rythme.
⛽ L’Europe toujours prise au piège de sa dépendance fossile. Selon Novethic, la fermeture du détroit d’Ormuz replonge l’Europe dans une crise énergétique d’ampleur inédite, avec des effets concrets sur les prix des carburants, du gaz et de l’électricité : blocages de dépôts pétroliers, transporteurs routiers en difficulté, infirmières libérales travaillant à perte. Pour les stratégies RSE, cette séquence illustre une nouvelle fois la vulnérabilité structurelle des activités économiques aux énergies fossiles.
🌡️ Le « confinement climatique » devient une réalité opérationnelle. Les restrictions de déplacement dans le Gard et l’Hérault — écoles fermées, transports interrompus, journées de travail reportées — illustrent un « confinement climatique » déjà concret selon Novethic. Le télétravail, souvent présenté comme réponse par défaut, reste inaccessible aux livreurs, ouvriers du bâtiment et infirmières à domicile, creusant des inégalités entre métiers que les mesures d’urgence ne suffisent pas à corriger.
🚆 Les infrastructures critiques, premières à payer la facture. La SNCF annonce 80 millions d’euros de perte de chiffre d’affaires sur le seul été 2026, et 180 millions depuis le début de l’année, hors coûts de réparation du réseau — elle investit 300 millions d’euros entre 2026 et 2030 pour adapter son matériel roulant. En parallèle, EDF demande un assouplissement des normes de température des fleuves imposées par l’ASNR, après l’arrêt simultané de quinze réacteurs cet été faute de capacité de refroidissement suffisante. Deux illustrations d’un même constat : les infrastructures essentielles n’ont pas fini d’absorber le choc climatique.
👉 http://www.linfodurable.fr/societe/sncf-un-ete-record-80-millions-deuros-59216 👉 https://www.linfodurable.fr/biodiversite/climat-edf-pousse-pour-assouplir-les-normes-59125
💶 Un budget 2027 qui n’est pas à la hauteur des enjeux. Présenté comme stable à 11,4 milliards d’euros, le budget 2027 du ministère de la Transition écologique prévoit en réalité des arbitrages défavorables à l’adaptation : le budget d’intervention de l’Ademe diminuerait de 350 millions d’euros, dont 300 millions pour le seul fonds chaleur, tandis que 282 suppressions de postes sont prévues au ministère et chez ses opérateurs. Jugé insuffisant par les ONG, le texte sera examiné à l’Assemblée à partir du 7 octobre.
👉 http://www.linfodurable.fr/environnement/budget-2027-ecologie-ce-quil-faut-retenir-59227
👉 Point de vigilance : Les entreprises qui attendent un signal budgétaire public fort pour engager leurs propres investissements d’adaptation risquent d’être prises au dépourvu — le décalage entre moyens publics et besoins réels se creuse, et la continuité d’activité devient une responsabilité qui s’anticipe en interne, pas seulement en aval des politiques publiques.
🏛️ Pilotage RSE : la gouvernance mise à l’épreuve des restrictions budgétaires
Les suppressions de postes et les coupes dans les budgets RSE ne signent pas l’abandon de la fonction — mais elles obligent à repenser profondément la manière dont elle s’exerce et se mesure.
📉 Des directions RSE sous pression, pas disparues. Selon l’étude Sidièse, EPSA et Produrable, près de 40 % des directeurs de la durabilité anticipent une diffusion de la RSE dans les métiers, en particulier la finance, plutôt qu’un maintien de fonctions dédiées isolées. L’enjeu stratégique devient de relier la durabilité aux décisions financières et opérationnelles tout en conservant une coordination transverse capable de fiabiliser les données.
🛒 Achats responsables, nouveau levier de souveraineté. Face aux crises géopolitiques, les directions achats renforcent la sécurisation de leurs approvisionnements par la diversification et la cartographie des risques fournisseurs. Pourtant, selon l’Obsar, seules 40 % des entreprises évaluent l’ensemble de leurs fournisseurs sur les risques RSE et de durabilité : décloisonner achats et RSE reste un levier largement sous-exploité.
📈 La comptabilité carbone résiste au backlash ESG. Selon le premier Carbon Footprint Radar du logiciel Sami, dévoilé à Produrable, la comptabilité carbone continue de s’imposer à l’échelle mondiale, en contraste frappant avec le recul des obligations de reporting et l’essoufflement du discours ESG. Un signal utile : les outils de pilotage les plus opérationnels survivent au désamour politique.
🧭 ISO 53001, une grille de lecture pour les ODD. Dévoilée le 28 septembre à la réunion annuelle de l’ISO à Paris, cette première norme internationale dédiée aux ODD depuis leur création en 2015 propose un cadre de management permettant de les prioriser selon les impacts réels de l’entreprise, sans traiter les 17 objectifs simultanément, et de vérifier la conformité du système par un tiers indépendant — un levier de crédibilité, pas un label de durabilité garantie.
👉 Point de vigilance : La multiplication des cadres normatifs (ISO 53001, standards volontaires EFRAG, outils carbone) ne remplace pas une gouvernance claire sur les arbitrages internes — un outil de mesure sans décision stratégique associée reste un outil de communication.
🤝 Dimension sociale : inclusion, prévention et confiance au travail
Au-delà des grands indicateurs climatiques, cette semaine rappelle que la robustesse d’une démarche RSE se mesure aussi à l’épreuve du quotidien : handicap, aidance, harcèlement, santé au travail.
♿ Handicap : dépasser l’obligation légale pour construire de vrais parcours. Les travailleurs en situation de handicap représentent en moyenne 4 % des effectifs des entreprises, en deçà de l’objectif légal de 6 %. Lors d’Inclusiv’Day, les intervenants ont appelé à dépasser la seule adaptation des postes pour favoriser de véritables parcours professionnels, via l’ouverture aux parcours hachés et l’exemplarité des directions.
🫂 Salariés aidants : la confiance avant l’accord formel. Chez Malakoff Humanis, le nombre de salariés identifiés comme aidants est passé d’environ 300 à plus de 1 000 en deux ans après le déploiement d’un accord dédié — preuve qu’une politique formalisée change la visibilité du sujet. Sans obligation générale de négocier un accord spécifique, l’aidance peut être intégrée aux négociations sur le handicap ou la QVCT.
🚩 Harcèlement : la confiance dans le signalement ne progresse pas. Selon le baromètre Ipsos BVA pour Qualisocial et AvoSial, 33 % des salariés déclarent avoir subi du harcèlement durant leur vie professionnelle, une proportion stable depuis quatre ans. Un salarié sur deux craint qu’un signalement nuise à sa carrière. Les entreprises sont invitées à agir sans attendre l’évolution de la loi : formations sur des cas concrets, enquêtes impartiales, canaux de signalement identifiés et suivis.
👉 https://www.linfodurable.fr/societe/harcelement-au-travail-toujours-pas-de-recul-59204
🎗️ Cancer du sein : des expositions professionnelles encore mal reconnues. L’absence du cancer du sein dans les tableaux de maladies professionnelles rend sa reconnaissance longue et complexe en France, faute de présomption de lien avec le travail — alors que les rayonnements ionisants sont classés cancérogènes avérés et le travail nocturne probablement cancérogène. Documenter les expositions professionnelles devient un enjeu de prévention RSE à part entière.
👉 http://www.linfodurable.fr/sante/cancer-du-sein-et-travail-le-parcours-du-combattant-59220
👉 Point de vigilance : Sur ces quatre sujets, le cadre légal existe déjà — c’est son application concrète, et la confiance des salariés dans les dispositifs internes, qui restent le véritable point faible des démarches RSE.
🌍 Biodiversité et eau : les échéances internationales se rapprochent
À trois semaines de la COP17 biodiversité et à l’approche de la COP31 climat, les enjeux de financement et de continuité des services essentiels prennent une dimension très concrète.
🧬 COP17 : le financement de la biodiversité à l’épreuve des faits. Du 19 au 30 octobre à Erevan, la COP17 dressera un premier bilan du cadre de Kunming-Montréal, dont la mise en œuvre reste insuffisante pour les objectifs 2030. Les entreprises pharmaceutiques, cosmétiques, agricoles et biotechnologiques sont particulièrement concernées par le Fonds Cali, qui doit mobiliser les grandes entreprises tirant des revenus des informations de séquençage génétique — ses modalités restent débattues.
👉 http://www.linfodurable.fr/climat/zoom-sur-la-cop17-qui-se-tiendra-en-octobre-en-armenie-59103
⚡ COP31 : la France veut un signal collectif sur l’électrification propre. La présidence turque de la COP31 propose de porter à 35 % la part de l’électricité dans la demande énergétique mondiale d’ici 2035. La France souhaite inscrire cet objectif dans une décision négociée précisant qu’il s’agit d’électrification propre — un signal plus engageant pour les acteurs économiques qu’un simple engagement facultatif, même s’il ne constitue pas encore une obligation.
👉 http://www.linfodurable.fr/climat/cop31-la-france-pousse-pour-des-actes-concrets-59215
🚰 Guadeloupe : l’eau potable au cœur d’une enquête pénale. Une information judiciaire confiée à un juge parisien du pôle santé publique examine la gestion et la distribution de l’eau en Guadeloupe entre janvier 2017 et septembre 2024 : coupures, fourniture possible d’eau impropre, défaillance des contrôles sanitaires. Pour toute entreprise engagée dans la fourniture d’eau, ce dossier rappelle les enjeux RSE de continuité d’approvisionnement et de transparence sur les risques sanitaires.
👉 Point de vigilance : Les échéances internationales (COP17, COP31) fixent un cap, mais les cas concrets de cette semaine — Guadeloupe, fleuves surchauffés — rappellent que la continuité des services essentiels liés à l’eau se joue d’abord localement, bien avant les négociations multilatérales.
🧭 Conclusion
Cette semaine aura montré, avec une netteté rare, à quel point les grands équilibres de la RSE se jouent désormais sur des terrains concrets : la trajectoire réelle de l’IA plutôt que son discours, le coût effectif de l’adaptation climatique plutôt que les objectifs affichés, l’application du droit du travail plutôt que sa seule existence. Les outils de pilotage — ISO 53001, comptabilité carbone, baromètres sectoriels — se consolident, et c’est une bonne nouvelle. Mais ils ne remplaceront jamais l’essentiel : la capacité d’une organisation à documenter précisément ses propres risques et à décider, en interne, où elle place ses priorités. C’est tout l’enjeu d’un diagnostic RSE rigoureux, loin des effets d’annonce.
🚀 Passer du constat à l’action
Vous reconnaissez votre organisation dans l’un de ces constats — dépendance énergétique non anticipée, pilotage RSE à reconstruire, risques fournisseurs mal cartographiés ? Ma-RSE accompagne les PME et ETI dans une démarche RSE ancrée dans les faits, pas dans la communication. Pour passer du constat à l’action :
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