VEILLE RSE N° 42 – Semaine du 5 au 11 octobre 2026
✍️ Édito
Cette semaine marque un tournant net dans la manière dont la RSE est mise à l’épreuve. D’un côté, le cadre réglementaire européen resserre drastiquement l’étau sur la communication environnementale des entreprises, avec l’entrée en application de la directive anti-greenwashing EmpCo et son cortège de mises en demeure. De l’autre, les données scientifiques et financières de la semaine confirment, chiffres à l’appui, que le risque climatique physique n’est plus une hypothèse de travail mais une réalité budgétaire et stratégique pour les grandes entreprises françaises. Ces deux mouvements, en apparence distincts, racontent en réalité la même histoire : celle d’une RSE sommée de sortir du registre de l’intention pour entrer dans celui de la preuve.
Sur le premier front, les signaux convergent. Selon la start-up 2050analytics, près de sept entreprises sur dix devront revoir leur communication RSE pour se conformer à la directive EmpCo, entrée en vigueur le 27 septembre dernier. Dans le même temps, SEB a été mis en demeure par trois ONG pour un plan de vigilance qui identifie les PFAS comme substances prioritaires sans jamais fixer d’objectif de réduction chiffré — l’illustration exacte de ce que la nouvelle réglementation cible : l’écart entre la priorité affichée et l’engagement mesurable. Et pendant que certaines entreprises peaufinent leurs éléments de langage, d’autres financent, à hauteur de 2,5 millions d’euros par an selon un rapport de Zero Waste France, les lobbies qui retardent la réglementation sur les emballages plastique. Cette semaine aura donc été celle où le fossé entre le discours et l’action est devenu, très concrètement, un risque de conformité et un risque juridique.
Sur le second front, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le nouveau palmarès des trajectoires climat du CAC40 rétrograde Sanofi, Schneider Electric et Stellantis, leaders de l’an dernier devenus élèves moyens à l’approche de l’échéance 2030. L’Inventaire forestier national révèle que la mortalité des forêts françaises a plus que doublé en vingt ans, avec un recul de 38 % du carbone séquestré annuellement — une dégradation qui n’intègre même pas encore les effets de la sécheresse de l’été 2026. Et l’Ifpeb chiffre à 46-53 milliards d’euros l’investissement nécessaire d’ici 2050 pour adapter les logements français aux canicules. Ces trois signaux disent la même chose : le risque physique s’accélère plus vite que les trajectoires de transition ne se corrigent, et son coût de l’inaction devient un paramètre financier incontournable — la Cour des comptes chiffrant d’ailleurs cette semaine à 82 milliards d’euros le besoin d’investissement bas-carbone supplémentaire pour 2030.
Pour Ma-RSE, cette double actualité confirme une conviction que nous défendons auprès de nos clients depuis l’origine : une démarche RSE robuste ne se construit ni sur des engagements rhétoriques, ni sur des objectifs de façade, mais sur une cartographie précise des risques physiques, une trajectoire climat documentée et des indicateurs vérifiables. La semaine qui s’achève le démontre par la négative — ce que coûte l’absence d’anticipation — et par la positive — ce que rapporte, en résilience et en crédibilité, une RSE ancrée dans les faits plutôt que dans l’effet d’annonce.
🎭 Communication RSE : la fin des éléments de langage
Trois actualités de la semaine dessinent un même mouvement : la communication RSE n’est plus jugée sur ses intentions, mais sur sa capacité à résister à l’examen des faits.
📢 Anti-greenwashing : près de 7 entreprises sur 10 sommées de revoir leur discours.
La directive européenne EmpCo, entrée en application le 27 septembre 2026, expose une très large majorité des entreprises actives en RSE à un risque de greenwashing selon la start-up 2050analytics. Concrètement, toute allégation environnementale non étayée par des preuves vérifiables et accessibles devient un motif de non-conformité. Pour les directions RSE et communication, l’enjeu immédiat est d’auditer l’ensemble des éléments de langage — rapports, packagings, sites web, argumentaires commerciaux — et de les adosser à des données traçables avant tout nouveau cycle de communication.
⚠️ PFAS : SEB mis en demeure pour un plan de vigilance sans objectifs chiffrés.
Générations Futures, Notre Affaire à Tous et ClientEarth ont mis en demeure SEB le 9 octobre 2026, lui donnant trois mois pour revoir son plan de vigilance. Le reproche est précis : le groupe identifie les PFAS comme substances prioritaires depuis plusieurs années, mais ne s’est jamais fixé d’objectif de réduction mesurable. Ce dossier illustre un principe que nous rappelons systématiquement à nos clients : une priorité affichée sans trajectoire chiffrée associée n’est pas un engagement, c’est une vulnérabilité juridique en devenir au titre du devoir de vigilance.
🔍 Emballages plastique : 2,5 millions d’euros de lobbying par an pour retarder la loi.
Un rapport de Zero Waste France documente une coalition d’industriels ayant dépensé 2,5 millions d’euros en 2025 pour freiner la réglementation sur les emballages plastique, alors que la France est déjà en retard sur ses objectifs issus de la loi Agec de 2020. Pour les entreprises engagées dans une démarche RSE sincère, ce constat est un rappel utile : la cohérence entre les engagements publics d’une organisation et les positions défendues par ses représentations professionnelles ou fédérations est scrutée d’aussi près que ses propres communications.
👉 Point de vigilance : Avant toute nouvelle campagne de communication RSE, vérifiez que chaque allégation dispose d’une preuve documentée et accessible, et auditez la cohérence entre vos engagements affichés et les positions de lobbying portées en votre nom par vos fédérations professionnelles.
🌡️ Risque climatique physique : les faits rattrapent les trajectoires
Trois données convergentes rappellent que le risque climatique physique n’est plus un horizon lointain mais un paramètre de pilotage immédiat.
📉 CAC40 : les leaders climat d’hier décrochent à l’approche de 2030.
Le palmarès des trajectoires climat du CAC40 réalisé par Les Ateliers du futur rétrograde Sanofi, Schneider Electric et Stellantis, en tête en 2025, au rang d’élèves moyens. Ce retournement souligne la fragilité des positions de référence en matière climatique : une trajectoire crédible en 2024 peut devenir insuffisante en 2026 si elle n’est pas révisée au rythme de l’accélération scientifique et réglementaire. Pour les directions RSE, l’enseignement est clair : la trajectoire climat doit être un objet de pilotage vivant, réévalué chaque année, et non un engagement figé communiqué une fois pour toutes.
🌲 Forêts françaises : la mortalité a plus que doublé, le puits de carbone s’effondre.
Le bilan de l’IGN sur la période 2016-2024 montre que la mortalité des forêts françaises a plus que doublé par rapport à 2005-2013, sous l’effet des sécheresses et des bioagresseurs. Le carbone séquestré annuellement a reculé d’environ 38 %, passant de 63 à 39 millions de tonnes — et ce bilan n’intègre pas encore les effets de la sécheresse et des incendies de l’été 2026. Pour les entreprises qui comptent sur la compensation carbone forestière dans leur stratégie de neutralité, ce signal doit conduire à réévaluer la fiabilité à long terme de ce type de crédit.
🏠 Adapter les logements aux canicules : 46 à 53 milliards d’euros d’ici 2050.
L’Ifpeb chiffre à 46-53 milliards d’euros l’investissement nécessaire d’ici 2050 pour adapter le parc de logements français aux canicules, en priorisant protections solaires extérieures, brasseurs d’air et isolation des toitures. L’institut recommande d’adapter un million de logements dès 2027 en ciblant les ménages vulnérables. Ce chiffrage, qui exclut la climatisation, rappelle aux entreprises du bâtiment et de l’immobilier que l’adaptation climatique devient un marché à part entière — et à toutes les organisations, que le coût différé de l’inaction continue de croître.
👉 Point de vigilance : Intégrez une clause de révision annuelle à votre trajectoire climat et interrogez la robustesse de vos actifs de compensation carbone à l’aune de la dégradation accélérée des puits naturels.
⚖️ Reporting et conformité : le calendrier réglementaire s’accélère
Entre consultations européennes et nouvelles obligations françaises, le calendrier de la conformité RSE se densifie à l’approche de la fin d’année.
📅 ESRS-40a : dernier appel pour les entreprises hors UE avant le 18 octobre.
L’EFRAG a prolongé jusqu’au 18 octobre 2026 son enquête sur les coûts et bénéfices attendus du projet de normes ESRS-40a, destinée aux entreprises hors UE relevant de ce reporting. C’est une occasion concrète, pour les filiales françaises de groupes non européens ou pour les entreprises ayant des partenaires hors UE soumis à ce standard, de faire valoir les implications opérationnelles de ces exigences avant qu’elles ne soient figées.
🏛️ Gouvernance IFRS : l’EFRAG défend la représentation européenne.
Dans son projet de contribution à la révision de la Constitution de la Fondation IFRS, l’EFRAG demande un effectif stable d’au moins 12 membres pour l’IASB et l’ISSB et le maintien de trois sièges européens dans chaque conseil. Les commentaires sur ce projet sont attendus jusqu’au 7 novembre 2026. Ce dossier, technique en apparence, conditionne en réalité le degré d’influence européenne — donc française — sur l’évolution future des normes de durabilité que vos équipes reporting appliqueront demain.
🔐 Certificats d’économies d’énergie : nouvelles obligations de vérification dès le 1er novembre.
Deux textes publiés au Journal officiel renforcent les exigences de diligence pour les acquéreurs de certificats d’économies d’énergie (CEE) : évaluation du cédant, traçabilité de l’origine des certificats, document daté et signé dans les douze mois précédant le contrat, conservation des pièces pendant six ans. Ces obligations s’appliquent aux CEE délivrés et aux contrats conclus à compter du 1er novembre 2026. Pour les entreprises qui achètent des CEE dans le cadre de leur stratégie de rénovation énergétique, c’est le moment de revoir vos procédures d’achat et vos clauses contractuelles avant cette échéance.
👉 Point de vigilance : Si vous achetez des CEE, mettez à jour vos procédures de vérification des cédants avant le 1er novembre 2026 ; si votre groupe dépend de filiales ou partenaires hors UE, le 18 octobre est la dernière fenêtre pour peser sur les ESRS-40a.
🤝 Social et inclusion : des leviers RSE à activer
Trois actualités montrent que l’inclusion et la prévention des risques sociaux ne relèvent plus seulement du volontariat, mais s’inscrivent dans un mouvement législatif et managérial de fond.
⚖️ Violences sexistes et sexuelles : des entreprises anticipent un futur cadre légal.
La proposition de loi dite « intégrale », actuellement examinée à l’Assemblée nationale, pourrait faire des entreprises un acteur à part entière de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. La Poste, Carrefour et EDF ont déjà pris les devants, sans attendre l’issue du processus législatif. Pour les directions RSE, cette anticipation illustre un principe que nous recommandons systématiquement : traiter l’évolution réglementaire prévisible comme un signal d’action immédiate plutôt que comme une échéance à subir.
🪟 Plafond de verre : les biais implicites freinent toujours les carrières des femmes.
Malgré les progrès affichés en matière d’égalité professionnelle, des normes implicites de leadership et de disponibilité continuent d’entretenir le plafond de verre. Le télétravail favorise la rétention des femmes dans l’emploi sans garantir leur progression, et l’usage de l’IA générative reste moins répandu chez elles. Le projet de loi de transposition de la directive européenne sur la transparence salariale, encore en attente d’examen, pourrait constituer un levier supplémentaire. En attendant, le recrutement inclusif, la sensibilisation des managers et l’implication des hommes restent les leviers RSE directement actionnables.
🎯 Recrutement sans CV : la MAIF mise sur les compétences plutôt que les diplômes.
30 % des recrutements de conseillers commerciaux chez MAIF se font désormais sans CV, via des tests et mises en situation visant à limiter les biais liés au parcours. La méthode de recrutement par simulation a permis 129 embauches en 2025, et le Campus Dev de la mutuelle accompagne en parallèle la formation de personnes en reconversion. C’est un exemple concret et documenté de ce qu’une politique RSE de diversification des viviers peut produire, au-delà des déclarations d’intention.
👉 Point de vigilance : N’attendez pas l’adoption définitive d’un texte de loi pour agir : les entreprises citées ont pris une avance stratégique et réputationnelle en anticipant un cadre encore en discussion.
🌿 Biodiversité et ressources : des signaux à intégrer
Pollution lumineuse, filière textile et mobilité électrique : trois sujets opérationnels à ne pas négliger dans le pilotage de votre démarche environnementale.
🌙 Jour de la Nuit : la pollution lumineuse, angle mort de la stratégie biodiversité.
72 % du territoire métropolitain restait fortement exposé à la pollution lumineuse en cœur de nuit en 2023 selon le SDES. Limiter l’éclairage aux besoins réels, réduire sa puissance, orienter la lumière vers le sol et préserver des continuités obscures via les « trames noires » sont des leviers peu coûteux et rarement intégrés aux stratégies RSE axées sur la biodiversité, souvent concentrées sur les seuls enjeux carbone ou eau.
♻️ Filière textile : le tri en France et le réemploi, enjeux de 2027.
Un nouveau cahier des charges fixera en 2027 des objectifs de collecte, de tri et de recyclage textile, avec un soutien au tri modulé selon les performances industrielles et environnementales des acteurs. Le débat autour d’Emmaüs — accusé d’exporter des déchets textiles alors que l’association exporte en réalité des vêtements triés et aptes au réemploi — rappelle aux entreprises du secteur l’importance de documenter précisément les pratiques de tri de leurs partenaires de filière avant toute allégation de circularité.
🔋 Mobilité électrique : un avantage réel sur le cycle de vie complet.
Selon l’ADEME, le véhicule électrique peut présenter un coût total de possession inférieur au thermique grâce aux économies d’énergie et d’entretien. Sur le plan environnemental, le surcroît d’émissions lié à la fabrication d’une batterie de 60 kWh serait compensé après environ 70 000 km, et les émissions seraient 2,25 fois inférieures à celles d’un hybride non rechargeable à 240 000 km. Pour les flottes d’entreprise, l’intérêt économique et environnemental dépend toutefois fortement de l’intensité d’usage et de la possibilité de recharge à domicile — deux paramètres à documenter avant toute généralisation de la conclusion.
👉 Point de vigilance : N’oubliez pas les enjeux hors carbone (lumière, eau, sols, biodiversité) dans votre reporting RSE, et exigez de vos partenaires de filière une preuve documentée de leurs pratiques de tri ou de recyclage avant toute allégation de circularité.
🧭 Conclusion
Cette semaine du 5 au 11 octobre 2026 restera celle d’un resserrement simultané sur deux fronts complémentaires : celui de la preuve, avec une réglementation européenne qui ne tolère plus l’écart entre discours et données vérifiables ; et celui du réel, avec des trajectoires climat, des puits de carbone et des budgets d’adaptation qui rappellent que le risque physique progresse indépendamment des annonces. Pour les organisations qui pilotent leur RSE sur des indicateurs documentés, une trajectoire climat révisée régulièrement et une diligence réelle envers leurs partenaires, ces évolutions sont une opportunité de différenciation. Pour les autres, elles annoncent une facture — réglementaire, juridique ou physique — dont le montant ne cesse de croître.
🚀 Passer du constat à l’action
Chez Ma-RSE, nous accompagnons les organisations qui veulent transformer cette actualité en plan d’action concret : diagnostic de maturité RSE, cartographie des risques physiques et de conformité, structuration d’une trajectoire climat documentée et vérifiable. Parce qu’une RSE robuste se construit sur des faits, pas sur des effets d’annonce.
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