Dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit : pourquoi je refuse la com’ RSE qui en rajoute« Un rapport RSE ne doit pas être une vitrine, mais un miroir. »

Un document RSE sert à deux choses, et il faut choisir. Soit il sert à se montrer. Soit il sert à se regarder.

Le premier, c’est le rapport-vitrine. On le reconnaît vite : des photos de banque d’images, des verbes au futur, des engagements sans date et sans responsable. Il est fait pour circuler, pas pour être vérifié.

Le second, c’est le rapport-miroir. Il dit où en est l’entreprise, ce qui a avancé, ce qui n’a pas bougé. Moins flatteur, beaucoup plus utile : il sert à décider. Un document qui ne change aucune décision, c’est un document payé pour rien.

Trois phrases, et pourquoi elles vous protègent

Je défends une règle en trois temps, et je ne m’en écarte pas : dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit, éviter toute exagération. C’est le fil de la méthode dans le livre, et ma ligne quand j’écris pour mon propre cabinet.

On me répond parfois que cette règle bride, qu’à force de prudence on ne raconte plus rien. Je pense l’inverse. Cette règle est une protection.

Tout ce que vous écrivez devient une promesse dont on vous demandera des comptes. Un questionnaire client, un audit, un salarié en entretien : chacun peut tirer le fil. Une phrase exacte, vous la tenez des années sans y penser. Une phrase gonflée, vous la portez comme une dette. La règle ne vous interdit pas de communiquer : elle trace un périmètre à l’intérieur duquel vous êtes tranquille. Et elle vous donne le droit de dire non : au paragraphe « plus vendeur », à l’engagement qui dépend de fournisseurs que vous ne maîtrisez pas.

Ce que coûte le fait d’en rajouter

Pour une entreprise de vingt à deux cents salariés, en rajouter coûte sur trois terrains à la fois.

Le terrain juridique d’abord. La DGCCRF sanctionne les allégations environnementales trompeuses. Les mots vagues posés sans preuve — vert, propre, neutre, responsable — ne sont pas de la littérature : ce sont des allégations, et elles s’apprécient sur pièces. Si vous ne pouvez pas produire le calcul ou le contrat qui soutient votre phrase, ne l’écrivez pas.

Le terrain commercial ensuite. Les donneurs d’ordre ne lisent plus vos affirmations, ils les vérifient : la réglementation ruisselle sur eux, et ils doivent prouver à leur tour ce qu’ils avancent sur leur chaîne d’approvisionnement. Quand une affirmation ne tient pas à la première question, vous ne perdez pas un point dans une grille. Vous perdez la crédibilité du dossier entier, y compris de ce qui était vrai.

Le terrain social enfin, le plus sous-estimé. Vos salariés sont les premiers lecteurs de votre page « Nos engagements ». Ils savent si le tri est réel, si les entretiens ont lieu, si la politique d’insertion existe ailleurs que dans le PDF. L’écart entre le discours et le quotidien, ils le voient tout de suite. Et ils en parlent. Aucune campagne ne rattrape ça.

Ce que coûte le fait de se taire

L’excès inverse coûte tout aussi cher. Beaucoup de dirigeants font énormément et n’en disent rien. Par pudeur, par culture du travail bien fait, ou par crainte du reproche.

Le résultat est mécanique. Un concurrent qui en fait moins mais le raconte mieux passe devant dans les appels d’offres : l’acheteur n’évalue pas ce que vous faites, il évalue ce que vous lui prouvez. Le silence n’est pas de la modestie. C’est une perte sèche — de marchés, de candidats, de reconnaissance pour les équipes qui ont fait le travail.

Se taire, c’est aussi laisser d’autres définir ce qu’est une entreprise responsable dans votre métier. Ils le feront avec leurs mots, pas avec les vôtres.

Ce que je m’applique à moi-même

Une règle qu’on ne s’applique pas est un slogan. Voici la mienne.

Je dis mes prix, publiquement. Une matinée de formation en classe virtuelle, 390 € HT. Le parcours de huit matinées, 1 920 € HT. Une intra dédiée, 990 € HT. Allô RSE, 490 € par an. Vous pouvez comparer, et me dire que c’est cher : au moins la conversation part d’un chiffre, et pas d’un « sur devis ».

Je dis ce qui ne fonctionne pas. Si un format ne prend pas, je l’arrête au lieu de le reconduire avec un autre titre. Si une piste ne donne rien, je le dis en réunion plutôt que de la maquiller en « point de vigilance ».

Et je ne promets aucun résultat chiffré. Jamais de pourcentage de rétention ou d’économies. Je m’engage sur ce que je fais, le temps que j’y consacre et la qualité de ce que je remets. Le reste dépend de vous et de votre marché.

C’est moins spectaculaire qu’une promesse. Ça se tient dans le temps.

Une question sur votre communication RSE ? Une phrase de votre site que vous ne sauriez pas défendre, un questionnaire client qui vous pousse à en dire plus que vous n’en faites ?

Marianne Jeandidier, Experte en durabilités et fondatrice de Ma-RSE
Évaluatrice Label Engagé RSE (AFNOR Certification), auteure de « La RSE pour les TPE : Mode d’emploi » (AFNOR Éditions, 2026)

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