VEILLE RSE N° 40 – Semaine du 21 septembre au 27 septembre 2026
✍️ Édito
Cette semaine restera celle où les chiffres et la rue se sont accordés. Au 20 septembre, 84 % du territoire français était en situation de sécheresse décennale des sols, un niveau inédit pour un mois de septembre ; le lendemain, plus de 260 rassemblements réunissant au moins 50 000 signataires ont porté, dans la rue, des revendications d’adaptation : protection face aux fortes chaleurs, rénovation des logements, gestion partagée de l’eau. Entre ces deux faits, un même diagnostic s’impose : la France physique se réchauffe et s’assèche plus vite que ses organisations — publiques comme privées — n’apprennent à s’y adapter.
Du côté des entreprises, le tableau reste contrasté. Le baromètre européen du Pacte mondial, qui note 5 793 entreprises adhérentes sur leur contribution aux ODD, place le climat en dernière position avec un score de 45/100 — le point faible confirmé, semaine après semaine, par les indicateurs sectoriels. Dans le même temps, une enquête relayée par Novethic documente la pression croissante que certains secteurs industriels exercent sur une ressource en eau déjà sous tension dans 66 départements. Cette semaine a aussi vu se multiplier les controverses sur les promesses commerciales : un nouveau logo « Bien-être animal » contesté par quatre associations, un début de bras de fer réglementaire européen contre le greenwashing des labels auto-proclamés. Le fossé entre la communication et la preuve continue de se creuser, et il coûte cher en crédibilité.
L’intelligence artificielle illustre à sa manière cette ambivalence. Présentée comme un levier d’efficacité et de décarbonation — centres de données bas carbone, valorisation de la chaleur fatale, harmonisation européenne des méthodes de mesure —, elle est aussi, selon une étude publiée dans la revue NPJ Climate Action, un accélérateur direct de l’extraction pétrolière et gazière, en aidant les compagnies à lire les données sismiques et à optimiser leurs puits. Une technologie n’est jamais neutre : son impact dépend entièrement des usages qu’on en fait et des filières qu’elle sert. Pour les directions RSE, l’enjeu n’est plus de choisir entre adopter ou refuser l’IA, mais d’en documenter précisément les usages et les filières financées.
C’est précisément la conviction que défend Ma-RSE depuis sa création : une RSE robuste ne se construit pas sur des annonces ou des logos, mais sur des faits vérifiables et sur l’anticipation lucide des risques physiques — hydriques, climatiques, réputationnels — auxquels chaque organisation est exposée. Cette semaine le rappelle avec une acuité particulière : entre la sécheresse des sols et la baisse de confiance dans les labels, ce sont les entreprises qui auront mesuré et anticipé, plutôt que celles qui auront communiqué, qui traverseront le mieux les tensions à venir.
🌡️ Adaptation climatique et stress hydrique — le fil rouge de la semaine
Chaleur, sécheresse, tension sur l’eau : cette semaine confirme que l’adaptation n’est plus une option de long terme, mais une urgence opérationnelle immédiate pour les territoires comme pour les entreprises.
🌾 Une sécheresse des sols sans précédent pour un mois de septembre
Après un été historiquement chaud et sec, la quasi-absence de pluie en septembre a porté à 84 % la part du territoire français en sécheresse décennale au 20 septembre — un record pour la saison. L’indicateur national d’humidité des sols atteint un niveau jamais observé, toutes saisons confondues, dans certains territoires. Les pluies attendues fin septembre pourraient amorcer une amélioration, mais la reconstitution des réserves prendra du temps. Pour les entreprises, ces disparités territoriales imposent une cartographie fine des risques liés à l’eau, site par site, plutôt qu’une approche nationale uniforme.
👉 https://www.linfodurable.fr/climat/inedit-un-mois-de-septembre-quasiment-sans-pluie-en-france-59078
🏙️ Les maires en première ligne de l’adaptation aux canicules
L’été 2026 a révélé l’inadaptation des bâtiments, des transports et de l’organisation du travail aux fortes chaleurs, poussant de nombreux maires à faire de l’adaptation une priorité locale. Entre prévention immédiate, préparation de l’été suivant et investissements dans les écoles, les réponses se heurtent aux contraintes financières et administratives des collectivités. Pour les entreprises implantées dans ces territoires, ce mouvement est un signal : les infrastructures publiques dont elles dépendent évoluent à un rythme contraint, ce qui doit nourrir leurs propres plans de continuité.
👉 https://www.linfodurable.fr/climat/canicule-les-maires-reinventent-leurs-politiques-locales-59055
💧 Qui sont les « assoiffeurs » qui pèsent sur la ressource en eau ?
Alors que 66 départements restent en crise sur l’eau potable et que des habitants sont approvisionnés par camion-citerne, une enquête de deux ans relayée par Novethic met en cause certains secteurs industriels dans l’accaparement de la ressource. Sans nommer tous les secteurs concernés, l’article pose une question que toute direction RSE doit désormais anticiper : sa propre empreinte hydrique, et sa légitimité à prélever, seront questionnées publiquement avant qu’elle ait choisi d’en parler elle-même.
📣 Marches climat du 26 septembre : les attentes se précisent
Avec 262 rassemblements recensés en France et plus de 50 000 signataires — dont près de 1 200 organisations —, les mobilisations du 26 septembre ont porté des revendications directement transposables aux stratégies RSE : protection face aux fortes chaleurs, rénovation des logements, préservation des ressources naturelles, transports collectifs accessibles, sortie des soutiens publics aux énergies fossiles. Ces attentes, qui dépassent le seul registre militant, dessinent une grille de lecture utile pour prioriser les plans d’adaptation internes.
👉 Point de vigilance : La multiplication des indicateurs de sécheresse, de chaleur et de tension hydrique, souvent locaux et hétérogènes, complique la consolidation d’une cartographie des risques physiques à l’échelle d’un groupe. Les directions RSE ont intérêt à documenter dès maintenant leur exposition site par site, plutôt que d’attendre un cadre réglementaire harmonisé qui reste, à ce stade, embryonnaire.
📊 Reporting extra-financier et crédibilité de la finance durable
Entre avancées techniques du reporting européen et remise en cause politique des critères ESG, la semaine illustre combien la crédibilité des chiffres extra-financiers reste un chantier permanent.
📐 ESRS révisés et norme volontaire : un cadre allégé pour les PME
La Commission européenne a adopté les ESRS révisés ainsi qu’une norme volontaire de reporting de durabilité (VS), désormais publiées au Journal officiel de l’UE. Destinée aux entreprises de moins de 1 000 salariés, cette norme proportionnée doit leur permettre de structurer leurs informations de durabilité pour répondre aux demandes de leurs clients, investisseurs et établissements financiers. EFRAG publie un guide non contraignant, dont les traductions et un modèle numérique enrichi sont annoncés pour novembre 2026.
🌍 Baromètre ODD : le climat, point faible persistant des entreprises européennes
Portant sur 5 793 entreprises adhérentes au Pacte mondial dans 21 pays européens, le baromètre mesure une contribution globale de 58,2/100 sur 14 ODD, avec un retard environnemental net par rapport au volet social. Le climat affiche le score le plus faible, à 45/100. Les entreprises françaises, elles, obtiennent 57,5/100 : plutôt bien placées sur la santé et l’égalité femmes-hommes, en retrait sur la biodiversité, les océans, l’eau et le climat. Les auteurs recommandent une mesure systématique des progrès et la priorité donnée à l’adaptation climatique.
⚖️ ESG : quand la bataille politique gagne les agences de notation et les auditeurs
Aux États-Unis, les Démocrates ont saisi le régulateur des marchés pour défendre Moody’s, S&P et Fitch face aux attaques anti-ESG des Républicains, qui étendent désormais leurs offensives aux cabinets d’audit. Ce climat contraste avec la levée de fonds de 900 000 euros bouclée par la fintech française AlphaYoda pour chiffrer le coût financier des controverses ESG — signe que la demande d’objectivation financière du risque extra-financier reste, elle, bien vivante en Europe. Pour les groupes multi-juridictions, cette divergence transatlantique est un point de vigilance de gouvernance.
💶 Épargne responsable : l’adhésion des jeunes ne se traduit pas encore en actes
Selon un sondage Ifop pour le FIR, les enjeux environnementaux et sociaux influencent les placements de 68 % des 18-24 ans, contre 52 % de l’ensemble des épargnants. Pourtant, seuls 14 % des épargnants déclarent avoir investi dans un fonds responsable, et 35 % seulement jugent son impact actuellement positif. Pour les acteurs financiers, l’enjeu de pédagogie et de lisibilité des impacts reste entier — un rappel utile pour toute entreprise qui communique sur ses propres instruments de financement durable.
👉 Point de vigilance : La convergence réglementaire européenne (ESRS, VS, ESRS-40a) avance pendant que le cadre ESG se politise ailleurs dans le monde. Les groupes présents sur plusieurs continents doivent anticiper des standards de preuve différenciés selon les juridictions, sous peine de voir leurs données contestées sur certains marchés et jugées insuffisantes sur d’autres.
🤖 Intelligence artificielle : entre promesses de sobriété et usages fossiles
L’IA continue de s’inviter dans toutes les strates de la stratégie RSE — parfois comme solution, parfois comme part du problème qu’elle prétend résoudre.
⛽ Quand l’IA accélère l’extraction pétrolière et gazière
Une étude publiée dans la revue NPJ Climate Action documente comment l’intelligence artificielle, déjà vorace en eau, en électricité et en métaux rares, permet aussi aux compagnies pétrolières et gazières d’extraire davantage d’énergies fossiles, plus vite et à moindre coût — en optimisant la lecture des données sismiques, le repérage des gisements et la gestion des puits et raffineries. Pour les entreprises qui déploient ou achètent des solutions d’IA, cette étude rappelle qu’une évaluation d’impact ne peut se limiter à la consommation énergétique du modèle : elle doit aussi documenter les filières et les usages finaux qu’il sert.
👉 https://reporterre.net/Comment-l-IA-booste-la-pollution-des-geants-du-petrole-et-du-gaz
🇫🇷 IA verte : la France appelée à devenir pionnière
Un rapport sénatorial recommande d’implanter les centres de données en France pour bénéficier d’une électricité décarbonée, en privilégiant les anciens sites industriels et la valorisation de la chaleur fatale. Les sénateurs plaident aussi pour une évaluation harmonisée, au niveau européen, de l’empreinte environnementale des modèles d’IA, et pour sa généralisation dans la commande publique. En parallèle, l’UE prévoit dès 2027 un label de durabilité pour les centres de données de plus de 500 kW.
👉 https://www.linfodurable.fr/politique/ia-verte-la-france-appelee-etre-pionniere-59061
👓 Lunettes connectées Meta : l’innovation rattrapée par la protection des utilisateurs
Les lunettes connectées de Meta suscitent des inquiétudes croissantes liées au harcèlement, au traitement des données et à la surveillance, dans un marché pourtant en forte croissance. Meta travaillerait sur un modèle sans caméra (« Luna »), une piste encore incertaine. Pour les entreprises du secteur, cet épisode illustre un risque désormais classique : l’innovation technologique qui devance la capacité de l’organisation à en maîtriser les usages et les risques pour les tiers.
👉 Point de vigilance : Une même technologie sert simultanément la sobriété énergétique (centres de données bas carbone) et l’accélération de l’extraction fossile. Une stratégie RSE crédible sur l’IA doit documenter l’usage final et le secteur client, pas seulement l’empreinte du modèle lui-même.
🏛️ Cadre réglementaire, allégations commerciales et vigilance achats
Logos, labels et indicateurs se multiplient — et avec eux, les contestations sur leur solidité réelle. Une semaine qui rappelle l’exigence de preuve derrière toute promesse RSE.
🐔 Bien-être animal : le nouveau logo de LDC déjà contesté
Lancé le 9 septembre par un collectif de 1 300 éleveurs et 80 entreprises sous l’impulsion de LDC, le logo « Bien-être animal – filière agricole engagée » repose sur 26 engagements présentés comme allant au-delà de la réglementation. Quatre associations annoncent saisir la DGCCRF pour pratiques commerciales trompeuses, pointant les fortes densités d’élevage et l’absence de restriction sur les souches à croissance rapide — un dispositif moins exigeant que l’European Chicken Commitment. L’épisode illustre, une fois de plus, le risque réputationnel attaché à des référentiels internes non tiers-vérifiés.
🌿 Pesticides : l’Omnibus X européen, un point de vigilance réglementaire
L’Omnibus X sur la sécurité alimentaire ouvre la voie à une autorisation sans limite de temps pour de nombreux pesticides. Une cinquantaine d’organisations françaises s’en inquiètent avant le vote attendu du Parlement européen. Sur le terrain des indicateurs, le gouvernement annonce une baisse de 47 % de l’indicateur HRI1 depuis 2011-2013, quand les ONG opposent une hausse de 13 % du Nodu depuis 2009 — deux méthodes de calcul distinctes qui nourrissent la controverse. Pour les entreprises agroalimentaires, l’enjeu est d’expliciter précisément quel indicateur et quelle période de référence fondent leurs propres communications.
☠️ Près d’un demi-million de travailleurs exposés aux pesticides en France
Selon une étude de Santé publique France relayée par Bon Pote, environ 450 000 travailleurs sont exposés aux produits phytopharmaceutiques en France, dont 90 % dans le secteur agricole. Les expertises de l’Inserm ont documenté des associations entre cette exposition et plus d’une vingtaine de pathologies, certaines reconnues comme maladies professionnelles agricoles (leucémies, cancer de la prostate, maladie de Parkinson). Pour les employeurs du secteur agricole et agroalimentaire, cette donnée chiffrée doit nourrir directement le volet santé-sécurité de leur démarche RSE, au-delà des seuls indicateurs d’usage de produits.
👉 https://bonpote.com/infographie-qui-sont-les-travailleurs-les-plus-exposes-aux-pesticides/
🍽️ Transition alimentaire : conformité, résilience et compétitivité à concilier
L’application du règlement européen sur les emballages (PPWR) depuis le 12 août 2026 et les objectifs de réduction du gaspillage alimentaire à l’horizon 2030 poussent les entreprises agroalimentaires à revoir leurs approvisionnements et leurs procédés. Les leviers prioritaires identifiés sont la sécurisation des matières premières, l’efficacité des ressources et le déploiement d’innovations mesurables — des thèmes qui seront au cœur de SIAL For Change, lors du salon SIAL Paris du 17 au 21 octobre 2026.
👉 https://www.linfodurable.fr/conso/pourquoi-la-transition-alimentaire-saccelere-59094
👉 Point de vigilance : Un logo ou un indicateur maison, aussi ambitieux soit-il, n’a de valeur que s’il résiste à un examen contradictoire externe. Avant toute communication sur un référentiel propre, il est prudent de le confronter aux référentiels tiers-vérifiés existants dans son secteur.
🤝 Gouvernance, modèles d’entreprise et crédibilité des experts
Au-delà des chiffres, cette semaine interroge la solidité des modèles de gouvernance eux-mêmes — de la Silicon Valley aux experts du climat, en passant par les alternatives coopératives.
💻 Silicon Valley : les contradictions derrière le mythe progressiste
Novethic revisite le récit émancipateur de la Silicon Valley en rappelant ses liens historiques avec l’armée, les financements publics et les élites conservatrices, ainsi qu’une hostilité de longue date aux syndicats. Pour la stratégie RSE, cette lecture invite à confronter systématiquement les promesses d’innovation et d’horizontalité managériale à la réalité du partage du pouvoir dans les entreprises technologiques dont on dépend ou qu’on prend en modèle.
🛢️ GIEC : des liens pétroliers qui interrogent la prévention des conflits d’intérêts
Une enquête relève vingt situations de conflits d’intérêts potentiels parmi les auteurs principaux du groupe III du GIEC, dont onze liées à des institutions ou intérêts saoudiens — des salariés d’Aramco participant notamment aux chapitres sur les politiques climatiques. Sans démontrer d’influence sur les travaux, ces révélations rappellent, pour la crédibilité de toute expertise climatique invoquée par une entreprise, l’importance de vérifier la transparence des affiliations de ses propres sources.
🌱 Les Licoornes : la preuve par le chiffre d’un modèle coopératif de transition
Avec 20 entreprises, 9 000 salariés et plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires, l’alliance des Licoornes met en avant des pratiques concrètes : sobriété intégrée à l’offre (TeleCoop), écarts salariaux resserrés (1 à 2,59 chez Enercoop), réinvestissement d’au moins 50 % des bénéfices dans l’activité. Un modèle qui démontre, à l’échelle, que gouvernance partagée et performance économique ne sont pas incompatibles — une alliance qui prépare désormais un livre blanc destiné au débat présidentiel de 2027.
👉 Point de vigilance : Qu’il s’agisse d’un référentiel climatique, d’un modèle managérial ou d’une expertise scientifique invoquée, la question de la gouvernance et des intérêts sous-jacents ne doit jamais être considérée comme acquise. La vérification des affiliations et des structures de pouvoir fait désormais partie intégrante de la diligence RSE.
🧭 Conclusion
Cette semaine du 21 au 27 septembre restera celle d’un contraste assumé : d’un côté, une France qui mesure sa sécheresse en records inédits et qui descend dans la rue pour réclamer l’adaptation ; de l’autre, des entreprises qui progressent sur le reporting technique mais restent, sur le fond climatique, le maillon faible de leurs propres engagements. Entre les logos contestés, les indicateurs pesticides qui divergent et une intelligence artificielle qui sert aussi bien la sobriété que l’extraction fossile, la ligne de partage est claire : la crédibilité RSE ne se décrète plus, elle se prouve. Pour les organisations qui prendront ce virage sérieusement, l’anticipation des risques physiques et la solidité de la preuve documentaire seront, dans les mois qui viennent, un avantage compétitif à part entière.
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Ma-RSE — Cabinet de conseil en RSE et développement durable — Cognac