Veille RSE N° 37 — Semaine du 31 août au 6 septembre 2026
✍️ Édito
La rentrée s’ouvre sur le bilan concret d’un été qui n’a rien épargné : les glaciers alpins perdent leur manteau neigeux dès la fin juin, la récolte française de maïs 2026 s’annonce la plus faible depuis 1980, et soixante départements restent sous restriction d’usage de l’eau. Cette semaine de veille ne raconte pas un climat qui menace au loin ; elle raconte un climat qui facture déjà, dans les comptes d’exploitation agricoles comme dans les plans de continuité d’activité.
Le volet humain de cette facture s’impose avec la même netteté. Le retour au travail des salariés sinistrés par les incendies de Gironde et des Landes, la progression de l’éco-anxiété — qui touche désormais un Français sur trois — et le déplacement d’étude que la France organise en Espagne pour comprendre l’adaptation à la chaleur au travail dessinent un risque physique qui déborde largement le seul reporting environnemental. Il devient un sujet RH, un sujet d’organisation du travail et, bientôt, un sujet de contentieux : le Parlement européen prépare une directive sur les risques psychosociaux qui inversera la charge de la preuve vers l’employeur.
Sur le terrain réglementaire, la rentrée fixe déjà le calendrier des prochains mois : un agenda RSE dense jusqu’à Produrable, une consultation de l’EFRAG ouverte jusqu’au 31 octobre sur l’extension des normes ESRS aux entreprises non-européennes, l’entrée en vigueur du malus fast-fashion et la multiplication des dispositifs de partage de la valeur comme le dividende sociétal. Ce sont autant de fenêtres d’influence à saisir maintenant, avant qu’elles ne deviennent des normes déjà écrites à subir.
Cette semaine illustre exactement ce que Ma-RSE défend depuis l’origine : une RSE robuste ne se construit pas sur des effets d’annonce, mais sur l’anticipation documentée des risques physiques et sociaux — l’eau, la chaleur, la chaîne d’approvisionnement, la santé des équipes. C’est un travail de fond, mené dans la durée, et non un exercice de communication.
📅 Le calendrier est calé pour les formations Ma-RSE, et ça commence dans trois semaines :
- 22/09 — Diagnostic RSE 360° (ISO 26000)
- 29/09 — Étude et avis des parties prenantes
- 30/09 — Analyse de matérialité et politique RSE
- 01/10 — Achats responsables (ISO 20400)
- 02/10 — Éthique des affaires et gouvernance
- 22/10 — Politique RH et QVCT
- 23/10 — Environnement : une politique en 2 pages
- 09/11 — Atelier pilotage : indicateurs, plan d’actions, amélioration continue
💶 Les prix, dits franchement : 390 € la matinée, 1 920 € les huit (240 € le module, outil Excel intégral du livre inclus). Seulement 8 place par formation 100% en ligne !
MA-RSE est certifié Qualiopi. ⚠️ Un mot d’honnêteté sur l’OPCO : pour le module de septembre, le circuit classique de prise en charge (un mois de délai) sera peut-être trop court — comptez un règlement direct. Pour octobre et novembre, c’est jouable si vous déposez vite et contactez moi en MP pour que je vous fournisse l’ensemble des informations nécessaires (programme et convention de formation)
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🔥 Le fil rouge : le climat physique devient un fait de gestion
Cette semaine ferme un été de records. Les indicateurs de risque physique climatique quittent les scénarios prospectifs pour s’inscrire dans les comptes d’exploitation et les plans de continuité d’activité.
🧊 Les glaciers français s’érodent plus vite qu’annoncé. Vingt-trois jours de chaleur entre fin juillet et mi-août ont provoqué une disparition précoce du manteau neigeux dès le 29 juin, déclenchant un effet d’albédo qui accélère la fonte. Au-delà du paysage, c’est le rôle de tampon hydrologique des glaciers qui s’érode : agriculture, hydroélectricité et industrie en aval sont directement exposées à la baisse des débits d’étiage à venir.
🌽 La récolte de maïs 2026, la plus faible depuis 1980. Au-delà de 35°C, le pollen grille et les épis restent atrophiés : les pertes de rendement atteignent 30 à 45 % malgré l’irrigation, qui ne compense plus l’évapotranspiration. Le débat qui s’ouvre — retenues d’eau réclamées par les producteurs contre mise en garde des chercheurs sur les mégabassines — signale un risque de rareté structurel pour les chaînes d’approvisionnement agricoles.
🔥 Le retour au travail des salariés sinistrés, nouveau défi RH. Après les feux qui ont ravagé la Gironde et les Landes, reprendre le travail s’avère délicat pour des salariés qui ont parfois tout perdu, avec les fumées encore présentes dans l’air. Ce cas d’école interpelle les directions RSE sur l’accompagnement des collaborateurs exposés à un sinistre climatique — traumatisme et anxiété inclus — et sur l’anticipation d’une reprise d’activité en conditions dégradées.
🏠 Le « refuge climatique », un privilège de riches ? La tentation de déménager vers des territoires plus frais reflète surtout un biais de classe : tout le monde ne peut pas s’offrir un tel « refuge ». Cette fuite individuelle risque de détourner l’attention de l’enjeu prioritaire pour les entreprises et les territoires — organiser l’adaptation collective aux canicules et aux incendies plutôt que de la déléguer à des trajectoires individuelles.
👉 https://bonpote.com/face-aux-canicules-demenager-est-il-un-privilege-de-riches/
👉 Point de vigilance : les risques physiques ne sont plus un horizon 2050 : ils pèsent déjà sur les rendements agricoles, la santé des équipes et l’organisation du travail de cette année. Les intégrer à l’analyse de risques ne peut plus attendre le prochain exercice de reporting.
💧 L’eau, angle mort qui devient un risque business
Entre restrictions, tensions d’usage et inégalités d’accès, l’eau s’impose comme le risque physique le plus structurant de la rentrée.
🚰 Sept leviers pour sécuriser l’eau potable. Face à des restrictions touchant l’ensemble du territoire métropolitain — soixante départements en niveau « crise » — la FP2E et l’hydrologue Charlène Descollonges détaillent les leviers disponibles : détection des fuites par IA, réutilisation des eaux usées traitées (1 % en France contre 15 % en Espagne), interconnexions territoriales. Pour les entreprises, la réutilisation des eaux usées se présente comme une véritable « assurance eau » pour l’agriculture, l’industrie et le tourisme.
👉 https://www.linfodurable.fr/environnement/eau-potable-les-leviers-face-aux-secheresses-58796
🌡️ Le « droit à la fraîcheur », un enjeu de justice sociale. La capacité à faire face aux vagues de chaleur dépend fortement du revenu, du statut d’occupation du logement et du mode de vie. Pour les entreprises, l’enjeu RSE consiste à mieux intégrer l’impact de la chaleur sur les salariés et à adapter l’organisation du travail, avec une attention particulière aux inégalités entre métiers et situations de transport.
🏝️ Des centaines de milliers de Français privés d’eau potable dans l’indifférence générale. Loin des restrictions estivales métropolitaines très médiatisées, une partie du territoire — notamment ultramarin — connaît des coupures d’eau potable chroniques, sans mobilisation comparable. Ce constat rappelle aux directions RSE que la matérialité de l’enjeu eau ne se limite pas aux sites de production visibles : elle inclut les conditions de vie des territoires où l’entreprise opère et recrute.
👉 https://bonpote.com/crise-eau-outre-mer/
🌊 El Niño 2026, un épisode qui rebat les cartes du risque climatique. L’épisode El Niño en cours pourrait dépasser en intensité ceux de 1982, 1997 et 2015 et générer, selon l’OMM, jusqu’à 84 000 milliards de dollars de pertes cumulées au XXIe siècle. Inondations en Amérique du Sud, sécheresses en Australie et en Afrique australe : les entreprises doivent intégrer les scénarios ENSO dans l’analyse des risques physiques et la continuité d’activité.
👉 https://www.linfodurable.fr/climat/el-nino-pourquoi-lepisode-actuel-inquiete-t-il-autant-58769
👉 Point de vigilance : la gestion de l’eau oppose déjà des intérêts contradictoires — grandes retenues réclamées par les producteurs contre sobriété prônée par les chercheurs. Une entreprise sans stratégie d’approvisionnement résiliente devra subir cet arbitrage plutôt que d’y peser.
🧑💼 Travail : la chaleur et la santé mentale redessinent le droit social
La rentrée sociale se joue aussi sur le terrain de la santé au travail, entre inspiration espagnole et futur cadre européen contraignant.
🇪🇸 La France regarde le modèle espagnol d’adaptation à la chaleur. Un voyage d’études organisé avec les partenaires sociaux doit permettre de s’inspirer du modèle espagnol : journée continue de juin à septembre, plafond de 27°C dans les espaces fermés, protocole obligatoire lors des alertes orange et rouge, jusqu’à quatre jours de congé lorsque la météo empêche de rejoindre le lieu de travail. Un signal à anticiper dans les plans de prévention français.
⚖️ Risques psychosociaux : Bruxelles prépare une loi contraignante. La commission de l’emploi du Parlement européen a adopté une demande d’initiative législative imposant des évaluations régulières des RPS, un droit à la déconnexion et une évaluation préalable des restructurations et des systèmes algorithmiques. Point le plus structurant : une présomption d’origine professionnelle des dommages liés aux RPS, qui inverse la charge de la preuve vers l’employeur.
😟 L’éco-anxiété touche désormais un Français sur trois. Selon l’Observatoire de l’éco-anxiété, 15,1 millions de Français présentent un niveau moyen ou fort d’éco-anxiété, en hausse de 20 % en deux ans, particulièrement chez les 15-24 ans. Pour les entreprises, ce signal souligne l’importance d’intégrer l’adaptation climatique et la prévention des risques psychosociaux à des voies d’engagement concrètes, pour transformer l’inquiétude en action plutôt qu’en mal-être.
👉 https://www.linfodurable.fr/societe/leco-anxiete-touche-desormais-plus-dun-francais-sur-trois-58821
🛒 Chez Action, l’image de marque rattrapée par la crise sociale. Enseigne préférée des Français pour la quatrième année consécutive, Action fait face à une conflictualité sociale croissante — cadences dénoncées comme « effrénées », dérives managériales, licenciements contestés. Pour les directions RSE, ce décalage entre image de marque et réalité sociale rappelle que les conditions de travail sont un actif réputationnel exposé, y compris pour les enseignes les plus populaires.
👉 Point de vigilance : le futur cadre européen sur les RPS inversera la charge de la preuve vers l’employeur. Les directions RSE ont encore quelques mois pour structurer leurs dispositifs de prévention avant que la contrainte réglementaire ne s’impose à marche forcée.
📊 Gouvernance et régulation : la rentrée fixe le cap
Au-delà de l’actualité climatique, le calendrier réglementaire et associatif de la rentrée dessine déjà les priorités de 2027.
🗓️ Rentrée 2026 : les rendez-vous RSE à inscrire à l’agenda. Forum de Giverny, Semaine européenne du développement durable, Produrable et son fil rouge « équilibre », BIG sur la conciliation expansion internationale et sobriété industrielle : ces échéances constituent des points d’appui pour benchmarker, anticiper les tendances réglementaires et crédibiliser la stratégie RSE des entreprises.
🌍 Les ESRS s’étendent aux entreprises non-européennes. L’EFRAG organise en septembre une série d’événements de consultation sur l’Exposure Draft des ESRS applicables à certaines entreprises non-européennes actives en Europe, au titre de l’article 40a de la directive comptable. La consultation publique reste ouverte jusqu’au 31 octobre 2026 : une fenêtre à saisir pour anticiper l’extension du reporting de durabilité européen et peser sur ses exigences.
👗 Le malus fast-fashion entre en vigueur. Depuis le 1er septembre, les metteurs en marché les plus impactants doivent verser à l’éco-organisme Refashion de 0,50 € à 12 € par produit, jusqu’à 19,50 € en 2030. Construit sur l’indice de réparabilité, le dispositif vise Shein et Temu en épargnant la fast-fashion classique — un périmètre déjà contesté par les associations qui en réclament l’élargissement.
💶 Le « dividende sociétal » veut devenir un réflexe d’entreprise. Le Mouvement Impact France a lancé une coalition visant à convaincre cent entreprises de verser en 2027 de 5 à 15 % de leurs bénéfices à des actions écologiques et de solidarité, sur le modèle du Crédit Mutuel (15 %, plus de 600 M€) et de la Maif (10 %, 18,3 M€). Un levier concret de partage de la valeur, appelé à devenir un marqueur différenciant de la stratégie RSE.
👉 Point de vigilance : la consultation EFRAG (ouverte jusqu’au 31 octobre) et l’agenda RSE de rentrée sont des fenêtres d’influence à saisir maintenant. Passé ce délai, ce sont des normes déjà écrites qu’il faudra appliquer sans les avoir façonnées.
♻️ Chaînes de valeur et consommation : sobriété choisie ou subie ?
De la forêt à l’assiette, la semaine illustre combien l’adaptation des chaînes de valeur reste un chantier inégal, entre initiatives de terrain et ajustements défensifs.
🌲 Dans les Landes, une forêt pensée pour résister — sans y parvenir totalement. Éric Castex, ancien bûcheron, pratique la sylviculture mélangée à couvert continu : plusieurs essences, arbres d’âges différents, régénération naturelle, aucune coupe rase. Certaines de ses parcelles sont pourtant parties en fumée cet été. Il ne prétend pas détenir la forêt ignifugée — « cela n’existe pas » —, mais défend un modèle qui ne joue pas tout sur une seule carte, une leçon transposable à toute stratégie de résilience des filières.
👉 https://reporterre.net/Dans-les-Landes-il-fait-le-pari-d-une-foret-sans-coupe-rase
👚 Seconde main et fast fashion : la consommation responsable n’est pas automatique. 76,1 % des 25-34 ans ont acheté d’occasion en 2024, mais cette dynamique n’efface pas la croissance de la fast-fashion et peut même alimenter de nouveaux réflexes d’achat via plateformes et friperies. Pour les entreprises, l’enjeu est de valoriser la prolongation de la durée de vie des produits sans transformer l’occasion en levier de surconsommation supplémentaire.
🍅 Face aux récoltes sinistrées, la grande distribution assouplit ses critères. Jusqu’à 70 % de la production hors calibre pour certains fruits et légumes : la FCD et ses enseignes s’engagent à plus de tolérance sur l’aspect des produits et à des mesures financières — révision des prix d’achat, délais de paiement raccourcis, clauses sécheresse. Des engagements qui touchent directement la relation fournisseurs et la résilience des filières, mais dont la portée réelle reste à vérifier.
🧺 Six réflexes pour réduire le gaspillage alimentaire, transposables en entreprise. Organisation et rotation des stocks, contenants hermétiques et visibles, valorisation des surplus de saison : ces leviers domestiques forment un système cohérent, où chaque maillon renforce les autres. Un socle directement transposable aux services de restauration collective et aux politiques internes de réduction des déchets.
👉 Point de vigilance : la tolérance accrue sur les calibres et l’allongement de la durée de vie des produits ne doivent pas devenir un argument marketing sans preuve : la traçabilité de l’impact réel doit suivre, sous peine de greenwashing par défaut.
🧭 Conclusion
Cette semaine referme un été qui aura agi comme un révélateur plus que comme un accident : le climat physique impose son tempo aux organisations, qu’il s’agisse de la paie, du dialogue social, de l’approvisionnement en eau ou du calendrier réglementaire. La rentrée 2026 ne sera pas celle des nouvelles résolutions RSE, mais celle de la vérification : les entreprises qui avaient anticipé encaissent le choc ; celles qui attendaient d’y voir plus clair le découvrent en marche forcée.
🚀 Passer du constat à l’action
Chez Ma-RSE, nous accompagnons les dirigeants et directions RSE qui veulent transformer cette veille en plan d’action concret : diagnostic des risques physiques et sociaux, structuration d’une démarche RSE ancrée dans les faits, préparation aux échéances réglementaires (CSRD, ESRS, devoir de vigilance). Une RSE robuste se construit sur l’anticipation, pas sur l’effet d’annonce.
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