Pourquoi je défends une RSE robuste et proportionnée?

Il y a une scène que je vis régulièrement depuis neuf ans. Un dirigeant de PME me reçoit, un peu méfiant, et me dit : « La RSE, on aimerait bien, mais on n’a ni le temps, ni le budget, ni un service dédié. » Et il a raison. Ce qu’on lui a montré de la RSE jusqu’ici — les rapports de 80 pages, les comités, les cabinets qui facturent une matinée au prix de son mois de marge — n’est pas fait pour lui.

Ce jour-là, je ne lui parle pas de RSE. Je lui demande comment va son entreprise. Qui sont ses clients, ce qui l’empêche de dormir, ce qu’il ferait s’il avait une journée de plus par semaine. Et presque toujours, la RSE est déjà là, sans le nom : le fournisseur local qu’il défend depuis dix ans, l’apprenti qu’il forme alors que « ça coûte », le tri qu’il a mis en place parce que ça lui semblait juste.

C’est de cette expérience répétée qu’est née ma conviction, celle qui structure mon livre et ma façon de travailler : une démarche RSE ne vaut que si elle est robuste. Et elle n’est robuste que si elle est proportionnée.

Robuste, ça veut dire quoi ?

Une RSE robuste, c’est une démarche qui tient debout toute seule. Qui survit au départ d’un salarié moteur, à une année difficile, à un changement de client principal. Elle tient parce qu’elle est ancrée dans le modèle économique de l’entreprise — pas posée dessus comme une décoration.

C’est le contraire de la RSE cosmétique : celle qui produit une jolie page « Nos engagements » sur un site, trois actions symboliques, et rien derrière. La RSE cosmétique coûte cher, d’ailleurs. Elle coûte le temps qu’on y passe sans retour, la crédibilité qu’on y perd quand un client gratte le vernis, et l’énergie des équipes qui voient l’écart entre le discours et le réel. J’ai croisé en évaluation des entreprises qui avaient dépensé plus en communication RSE qu’en actions RSE. Aucune n’en était fière à la fin de l’évaluation.

Proportionné, ça veut dire quoi ?

Une entreprise de quarante personnes n’a pas besoin du dispositif CSRD d’un groupe coté, d’un comité RSE mensuel et de quarante indicateurs. Elle a besoin de savoir trois choses : où elle en est, ce qui compte vraiment pour elle et pour ceux qui l’entourent, et ce qu’elle fait en priorité cette année.

Le piège classique, c’est le copier-coller grand groupe : télécharger la trame d’un CAC 40, la remplir à moitié, s’épuiser, abandonner. Le proportionné, c’est l’inverse : partir de sa taille, de son métier, de ses moyens réels — et faire moins de choses, mais les faire vraiment. Trois priorités assumées valent mieux que quinze intentions affichées.

La lucidité, sans le catastrophisme

Je ne vais pas vous mentir : le contexte est sérieux. Sept des neuf limites planétaires sont franchies, les obligations réglementaires ruissellent des grands groupes vers leurs fournisseurs, et vos clients vous poseront des questions qu’ils ne posaient pas il y a cinq ans. Faire comme si de rien n’était n’est plus une stratégie.

Mais la peur n’a jamais fait avancer une entreprise. La méthode, si. C’est pour cela que je défends une RSE qui commence par un état des lieux honnête — pas parfait, honnête — et qui avance par étapes, à un rythme tenable. On n’est jamais trop petit pour prendre sa part. On est seulement mal outillé, parfois. Ça se règle.

Cet automne, je publierai deux articles de fond par mois : l’époque perturbée, la sobriété communicationnelle, la matérialité, le manifeste du livre relu pour les PME, l’écoute des parties prenantes, le cap 2027, la performance durable. Si ces sujets vous parlent, abonnez-vous à La Revue de l’essaim — et si une question vous trotte dans la tête depuis un moment, posez-la moi à marianne@ma-rse.fr ou via le formulaire de contact du site internet.

Marianne Jeandidier – Fondatrice de Ma-RSE
Experte en durabilités.

Évaluatrice Label Engagé RSE (AFNOR Certification), auteure de « La RSE pour les TPE : Mode d’emploi » (AFNOR Éditions, 2026)

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